Le cimetière de Picpus, un lieu de mémoire méconnu en plein Paris

Publié le par hunza

C’est un endroit méconnu de Paris et pourtant il s’agit d’un lieu de mémoire qui date d’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France, celle de la Terreur (1793 - 1794). En effet, c’est la présence de 2 fosses communes remplies des corps de 1 306 guillotinés qui est à l’origine de la fondation du cimetière de Picpus.

 

Informations pratiques :

Situé dans le 12ème arrondissement de Paris, au 35 rue de Picpus, à proximité de la place de la Nation, le cimetière de Picpus est ouvert du lundi au samedi de 14h à 16h (hiver) et de 14h à 18h (été, automne et printemps).
Son accès est payant : 2 € s'agit d'un cimetière privé.
Les stations de métro les plus proches sont : Nation, Bel-Air ou Picpus

Le jardin attenant au cimetière de Picpus

Le jardin attenant au cimetière de Picpus

 

Brève histoire de la guillotine sous la Révolution française :

Conçue comme une grande amélioration « humaniste » pour mettre à mort un condamné, la guillotine fut utilisée pour la première fois en place de Grève (actuelle place de l’Hôtel de Ville) le 25 avril 1792.

Place du Carrousel (à l’emplacement de l’arc de triomphe du Carrousel) : elle y fut installée du 21 août 92 au 11 octobre 92 et 35 personnes y furent guillotinées. Le gouvernement ne supportant plus la vue de la guillotine, elle fut déménagée place de la Révolution.

Place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) : elle y fut installée du 11 mai 1793 au 9 juin 94, date à laquelle on la transféra place Antoine (actuelle place de la Bastille) car les citoyens se plaignaient du passage incessant des charrettes pleines de corps sanguinolents et de l’odeur pestilentielle qui régnait. Pendant cette période, 1 119 personnes y furent guillotinées.

Place Antoine (actuelle place de la Bastille) : elle y fut installée du 9 juin au 14 juin 94. 73 personnes y furent guillotinées. Mais, une fois encore, parce que les citoyens se plaignaient de marcher dans le sang, elle fut transférée à la périphérie de Paris, près de la barrière du Trône, place du Trône-Renversé qui est l’actuelle place de la Nation.

Paris place de la Nation, barrière du Trône

 

En fait, c'est sur le mur du pavillon Philippe Auguste de la place de l'Ile de la Réunion, à proximité de la colonne de la barrière du Trône, qu'une discrète plaque a été apposée et sur laquelle on peut lire : "Ici, à la barrière du Trône, l'échafaud fut installé du 13 juin au 8 juillet 1794".

 

Le cimetière de Picpus

L’échafaud fonctionna du 14 juin jusqu’à la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794, date à laquelle elle fut ramenée place de la Révolution pour y guillotiner Robespierre, le principal responsable de la Terreur le 28 juillet ainsi que ses acolytes. En moyenne, 55 personnes étaient guillotinés tous les jours sur la place du Trône-Renversé et la nuit, on transportait leur corps pour les enterrer secrètement dans des fosses communes qui se trouvent dans l’actuelle cimetière de Picpus. A l’époque, le terrain faisait partie du domaine d’un ancien couvent que les révolutionnaires avaient fermé en 1792 et qui avait été vendu comme bien national à un patriote.

Porte datant de 1794 par laquelle entraient les charettes chargées des corps des suppliciés

Porte datant de 1794 par laquelle entraient les charettes chargées des corps des suppliciés

L'emplacement des deux fosses communes

L'emplacement des deux fosses communes

 

En tout, 1 306 corps y ont été ensevelis. Si la première fosse était remplie à ras bord, la seconde ne l’était qu’à moitié … lorsque le massacre cessa. Contrairement à ce que beaucoup pense, la Révolution n’a pas fait que des victimes dans la noblesse et le clergé. Des citoyens de toute condition sociale ont été suppliciés parfois sur de simples dénonciations calomnieuses. La justice étant expéditive, les condamnés n’avaient pas d’avocat et leur sort était scellé d’avance. Tous les noms, âges et professions  de chacun sont gravés sur deux immenses plaques de marbre qu’on peut voir à l ‘intérieur de la chapelle inaugurée en 1841, dans le transept.

Paris, chapelle du cimetière de Picpus
Le cimetière de Picpus, un lieu de mémoire méconnu en plein Paris
Le cimetière de Picpus, un lieu de mémoire méconnu en plein Paris

 

C’est place du Trône Renversé qu’eut lieu le massacre des 16 carmélites de Compiègne qui montèrent sur l’échafaud en chantant Salve Regina le 17 juillet 1794. Elles furent béatifiées en 1906. Tout en s’inspirant d’une nouvelle de Gertrud von Le Fort parue en 1931, l’écrivain Georges Bernanos reprit cet épisode tragique de la Révolution pour en faire une pièce de théâtre, le dialogue des Carmélites, qui fut représenté pour la première fois au théâtre en 1952.

Le cimetière de Picpus, un lieu de mémoire méconnu en plein Paris

 

Après la Révolution, les familles des guillotinés entamèrent des recherches et finirent par retrouver l’emplacement de ces fosses et décidèrent de racheter les terrains alentours pour entretenir à jamais le souvenir de cette abominable tuerie. Ils décidèrent même d’être enterrés à leur côté. C’est ainsi que La Fayette, dont certains membres de la famille de sa femme, Adrienne de Noailles, se trouvent dans les fosses, a été enterré au cimetière de Picpus. Chaque année, le 4 juillet, l’ambassadeur des Etats-Unis vient s’y recueillir en mémoire de celui qui permet aux Américains de gagner leur guerre d’indépendance face aux Anglais.

Depuis 1805, c’est la congrégation des Sacrés Coeur de Jésus et de Marie qui a la charge de prier en la mémoire de toutes les victimes de la Révolution ainsi que de celle de leurs bourreaux.

La tombe du général La Fayette

La tombe du général La Fayette

Le cimetière des familles

Le cimetière des familles

 

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Publié dans Paris, Ile de France

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